Posé en ces termes, c'est faux. Certaines entreprises américaines -- mais aussi britanniques comme Shell ou Dunlop -- ont investi en Allemagne dans les années 1920 comme elles le faisaient avant 1914. Citons la Standard Oil - la plus engagée (ci-contre un dépôt de la Stanavo, sa filiale aviation, à Berlin en 1938) la General Motors via sa filiale Opel, Singer le fabricant de machines à coudre, ou ITT, propriétaire de Lorenz AG. Contrairement à ce qu'on a pu dire, Ford et IBM n'ont que peu investi. Quand le régime nazi instaure un contrôle des changes draconien, ces sociétés sont piégées: elles ne peuvent plus rapatrier leurs bénéfices et sont contraintes de les réinvestir sur place en attendant un éventuel assouplissement du régime. Elles font d'autant plus facilement le choix de rester que leurs filiales allemandes profitent de la relance de l'économie locale. Trois choses à savoir : le total des investissements étrangers représente très peu de chose eu égard aux besoins du réarmement ; les sociétés étrangères sont d'autant mieux tolérées par le régime nazi qu'elles ont pris leurs distances avec la maison-mère; certaines d'entre elles ont bradé leurs avoirs dans le Reich pour se retirer du piège allemand, comme DuPont qui cède ses parts dans IG Farben pour 1/10e de leur valeur. Voir dans Wall Street le financier du nazisme est une vieille lune de la propagande communiste qui ne résiste pas à l'examen. Jean Lopez
La France est, de tous les pays occupés, celui qui a le plus contribué à l'effort de guerre du IIIe Reich. Rien d'éton- nant de la part de la deuxième économie d'Europe continentale. Le premier apport français résulte du pillage par les Alle- mands, dès 1940, des stocks pétroliers et de métaux stratégiques, de machines et de brevets. Par la suite, Albert Speer mettra les usines françaises directement au ser- vice de l'effort de guerre allemand. C'est dans ce cadre qu'en 1943, l'Hexagone livrera près de 12 % des véhicules ter- restres utilisés par les Allemands (surtout des camions), 6,5 % des avions et moteurs d'avions, un peu plus pour les navires. Deux autres apports majeurs concernent les produits agricoles-céréales, animaux et graisses - et les travailleurs qualifiés dont 646000 travailleront dans les usines du Reich (ci-contre, affiche STO de 1943); à quoi s'ajoute un million de prisonniers de guerre et déportés politiques. Enfin, des frais d'occupation exorbitants et un taux de change franc-mark léonin permettent aux Allemands de s'emparer à peu près de ce qu'ils veulent. Selon les années, c'est au total entre un tiers et la moitié du PIB fran- çais qui est prélevé. Pas étonnant, dans ces conditions, que le Reich ait pu maintenir si longtemps son effort de guerre.
Jean Lopez